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Dans cet article nous allons découvrir ce que sont les fascias. Vous en avez peut-être déjà entendu parler, que ce soit lors d’une séance chez votre ostéopathe ou masseur, pour vous ou pour votre cheval. Mais que sont réellement ces fascias, où sont-ils dans le corps et à quoi servent-ils ? Dans cet article, je vous invite à découvrir l’univers des fascias qui ont été pendant longtemps peu connus et peu étudiés.

Un tissu

Pour commencer, les fascias sont ce que l’on appelle des tissus. Un tissu est un ensemble de cellules qui remplit une même fonction. Il existe différents type de tissus dans le corps d’un animal.

  • le tissu épithélial: il couvre les surfaces pour les protéger de l’environnement environnant. Il est présent au niveau de la peau, mais également au niveau des voies respiratoires, digestives, de la paroi de la vessie et des vaisseaux sanguins.
  • le tissu musculaire: il existe 3 types de muscles. Globalement, les muscles squelettiques qui se contractent volontairement et les muscles lisses et le muscle cardiaque qui se contractent involontairement.
  • le tissu nerveux
  • et enfin le tissu conjonctif: cette catégorie comprend les fascias, mais également les os, le sang, les ligaments…

Le tissu conjonctif

Chaque tissu conjonctif se compose de cellules spécialisées, de fibres de protéines et d’une substance liquide appelée substance fondamentale. Il faut imaginer les différentes cellules réparties au sein de ce liquide.

Les fibres de protéines dans le cas des fascias sont des fibres de collagène. Ce sont elles qui confèrent aux fascias leurs propriétés de force et de flexibilité. Les fibres de collagène ne sont pas vivantes en elles-mêmes, elle sont uniquement produites par les cellules spécialisées, les fibroblastes.

Où sont les fascias ?

La réponse est partout. En effet, ils étaient vu autrefois comme une enveloppe qui entourait les différents muscles, mais on sait aujourd’hui qu’ils sont bien plus que cela. Pour se représenter les fascias, imaginez une orange avec ses différents quartiers. Chaque quartier est séparé par une petite peau, mais si vous regardez de plus près, au sein de chaque quartier, chaque minuscule bout juteux est également entouré par une enveloppe. Gardez à l’esprit cette image, d’enveloppe, de sous-enveloppe qui enveloppe à son tour une unité toujours plus petite, lorsque vous imaginez les fascias.

Intérieur d’une orange et mise en lien avec les fascias
Oranges – whole-halved-segment par Ivar Leidus CC BY 2.0

Différents fascias

Il existe 3 couches de fascias: le fascia superficiel qui se trouve juste sous la peau, le fascia profond qui se trouve au niveau des muscles, des vaisseaux sanguins et des organes et le fascia le plus profond (la dure-mère) qui entoure le cerveau et la moëlle épinière.

Au niveau des muscles

Pour mieux comprendre l’organisation des fascias, il convient de revenir sur la structure d’un muscle.

Prenons l’exemple d’un grand muscle squelettique, comme celui du fessier. Le muscle est composé de nombreuses cellules musculaires, de nerfs et de vaisseaux sanguins et bien évidemment de tissu conjonctif. Les cellules musculaires s’appellent des fibres musculaires. Le fessier comprend des milliers de fibres. Chaque fibre comprend des myofibrilles qui comprennent elles les myofilaments de protéines spécialisées qui sont responsables de la contraction (l’actine et la myosine).

Imaginons le muscle comme une orange. Le muscle est bien entouré par un fascia (nommé épimysium), mais chaque fibre musculaire à l’intérieur l’est également (endomysium). Les fibres musculaires sont regroupées en faisceaux qui sont également entourés par un fascia (périmysium).

Structure du muscle squelettique et des fascias à l’intérieur
Tendon anatomy – Tendon Epimysium Fascicle Fiber Fibril par Smart Servier website CC BY 2.0

Des connexions entre les fascias

L’épimysium s’étend ensuite le long du tendon qui relie le muscle à l’os, il continue dans la capsule articulaire et au niveau du ligament qui entoure l’articulation. On peut facilement imaginer que le fascia s’étend ensuite de l’articulation au tendon de l’autre côté, puis au muscle d’après. Il y aurait donc des connexions entre les différents fascias et ainsi une liaison entre le muscle fessier et des muscles situés dans le pied, par exemple.

Des recherches, notamment de Thomas W. Myers, thérapeute manuel, dans son ouvrage « Anatomy Trains (2020, 4th ed) », présentent des connexions entre les différents fascias et décrivent 12 lignes myofasciales. Ces lignes ont pu être démontrées lors de dissections au cours desquelles, en préservant les fascias, une chaine était obtenue et reliait les différents muscles entre eux, selon une organisation bien particulière. Myers a ainsi révolutionné en quelques sorte l’anatomie en réfutant la théorie du muscle qui se contracte de manière isolée.

Les fascias chez les chevaux

En 2015, des vétérinaires danoises, Vibeke Sødring Elrønd et Rikke Schultz se sont penchées sur les travaux de Myers et ont entrepris à leur tour de retrouver les lignes myofasciales chez les chevaux. Elles ont constaté de grandes similitudes entre les humains et les chevaux. L’article qui présente leurs travaux est accessible ici: https://esmed.org/MRA/mra/article/view/125. Un ouvrage destiné aux professionnels « Equine Myofascial Kinetic Lines – for professionals » a été publié l’année dernière. Un prochain article du blog se penchera sur les lignes myofasciales chez les chevaux.

Les propriétés des fascias

Les propriétés des fascias sont étroitement reliées à leurs composants.

Les fascias sont majoritairement constitués de liquide, la substance fondamentale produite par les fibroblastes. Elle est composée majoritairement d’eau, mais également de protéoglycanes (des molécules composées de protéine et de sucre dont le rôle est similaire a celui d’une éponge) et d’acide hyaluronique. La substance fondamentale a une texture qui est variable selon l’endroit du corps et l’état (elle se modifiera par exemple en cas de blessure). Elle évolue entre un état solide et un état visqueux et gélatineux. Elle détermine la forme de chaque cellule, tissu et organe.

Parmi les autres composants des fascias, on retrouve donc des fibroblastes, mais également des fasciacytes (des cellules qui sécrètent de l’acide hyaluronique). Majoritairement des fibres de collagène sont présentes, mais il y a également des fibres élastiques. Les fibres de collagène assurent la forme, le support, la force et la stabilité au fascia. Tandis que les fibres élastiques assurent flexibilité et résilience au fascia.

Les fascias possèdent 3 propriétés principales:

  • Le fascia est une substance colloïdale, c’est-à-dire qu’il comprend, comme vu précédemment, des substances suspendues dans un liquide.
  • Il est viscoélastique, il est donc capable de changer de forme en réponse à une activité. Le fascia est également capable de changer de phase. Il peut passer de la phase liquide à la phase plastique, de liquide à dense et de liquide à déshydraté.
  • Il est piézoélectrique, il peut conduire l’électricité lorsqu’il est compressé ou étiré. Le fascia conduit ainsi l’électricité à travers les tissus et produit un impact au niveau cellulaire.

Tenségrité

Il faut voir le corps de l’animal comme une structure de tenségrité. Si vous imaginez le corps du cheval comme un bâtiment, c’est inimaginable, à cause des lois de la gravité, que les membres puissent tenir la pression qui reposerait sur eux. Grâce au concept de tenségrité, les fascias maintiennent les os écartés les uns des autres et toute la structure peut tenir en place. Le système de tenségrité est en équilibre. En effet, une déformation qui a lieu à un endroit se répercutera sur tout le système. En pensant aux lignes myofasciales, il semble évident qu’un problème à un endroit aura des répercussions à l’autre bout de la ligne.

Prisme illustrant la tenségrité qui se retrouve dans les fascias
Tensegrity par BenFrantzDale CC BY 2.0

Les fascias s’adaptent aux déformations dans une certaine limite grâce à leurs propriétés élastiques. Toutefois, passé un certain stade, ils se déformeront de matière plastique.

Les fascias en action

Les muscles passent rapidement d’un état de contraction à un état de relaxation, les fascias eux doivent s’adapter à ces changements. Nous avons vu que les fascias se trouvent au niveau des muscles, mais également partout. En effet, les fascias entourent également chaque organe du corps. Lors de l’action des fibres musculaires, les fascias ne restent évidemment pas immobiles. Imaginez un filet d’oignons pour vous représenter le mouvement du fascia. Les « trous » du filet peuvent être perçus comme autant de petits diamants.

Filet oignon représentant un fascias
Image par kalhh de Pixabay

Lorsque le muscle se contracte, les petits diamants s’ouvre sur le côté, les extrémités se rapprochent. Quand le muscle se relâche et est étiré, les diamants s’étendent, rétrécissant les côtés.

Lorsque l’on parle couramment de tensions musculaire, cela peut signifier en fait 2 états du muscle. Le premier est un état dans lequel le muscle reste en position raccourcie, tandis que le second est un état dans lequel le muscle reste étiré. Le fascia, s’adaptant au muscle, suit donc le mouvement de ce dernier. Le fascia peut alors être bloqué en position courte ou longue.

Blessures au niveau des fascias

Les fascias peuvent être endommagés de différentes manières.

  • Un cheval qui est soumis à un effort trop important pour son état de forme
  • Le stress accumulé par des semaines de travail et la fatigue qui s’ensuit
  • Un traumatisme direct
  • Des mouvements répétés
  • Une inflammation chronique liée a une blessure non soignée ou un micro-traumatisme (dont par exemple une selle inadaptée, un cavalier qui utilise des techniques inadéquates ou encore un entretien défectueux des sabots…

En cas de boiterie ou de blessure, le premier interlocuteur sera votre vétérinaire.

Garder des fascias en bonne santé

Une partie de fascias a une composante génétique, mais il est grandement possible d’agir sur différents facteurs pour maintenir des fascias en bonne santé.

  • Hydratation: l’hydratation d’un fascia modifie sa viscosité, ainsi un fascia bien hydraté est plus fluide et permet à ses différentes couches de glisser. Un fascia déshydraté laisse moins bien circuler les nutriments provenant de la circulation sanguine et les cellules se retrouvent ainsi moins « nourries ». Le fascia devient fibreux et accumule alors des toxines ce qui contribue à le rendre encore plus fibreux.
  • Mouvement: l’activité facilite le mouvement des liquides. Toutefois, trop de la même activité pousse le liquide à l’extérieur et conduit à la déshydratation, tout comme l’inactivité. Il est donc important de trouver l’activité adéquate pour le cheval et d’offrir du repos après l’exercice. C’est, en effet, durant la phase de repos, que le liquide revient et répare les régions déshydratées.
  • Bodywork: des séances de massage permettent de libérer les différentes couches de fascias et de retrouver une liberté de mouvement. Les massages permettent également de maintenir une bonne hydratation au sein des fascias et de conserver la souplesse, non seulement au sein du muscle, mais également au sein du fascia.

Sources

  • Mitchell-Golladay, R. (2005). Faciltated Healing Through Myofascial Release (2ème édition)
  • Pattillo, D. (2019). Anatomy Of Equine Bodywork. Equi-Ink
  • Wanless, M. (2017). Rider Biomechanics (1ère édition réimprimée). Kenilworth Press


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