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Au travers de cet article, je vous invite à mieux comprendre les réactions du cheval face au stress et à savoir comment y réagir. En tant que professionnelle en bodywork équin, mais également en tant que cavalière et entraîneuse de chevaux, c’est un sujet que je trouve particulièrement important. En premier lieu, pour des raisons de sécurité. Mieux comprendre comment fonctionne un cheval dans une situation qu’il perçoit comme stressante, me permet ensuite d’ajuster mon comportement. Nous allons découvrir, au travers de cet article, que certains chevaux privilégieront un mécanisme de gestion du stress plutôt qu’un autre.

Robyn Hood

Je me suis intéressée aux mécanismes de gestion du stress chez le cheval suite à des lectures que j’ai faites lorsque j’ai, pour première fois, entendu parler de Linda Tellington-Jones au début des années 2000. J’étais alors cavalière depuis une quinzaine d’année, mais je ne me posais pas de questions sur la manière de gérer le stress chez les chevaux que je montais. Il y avait évidemment les chevaux dits « stressés », ceux qui me réservaient des surprises lors de mes cours ou des mes balades. Et il y avait les autres… Je montais régulièrement les « stressés », sûrement parce que ça se passait au final très bien avec eux, j’arrivais à trouver un terrain d’entente. C’était une période de ma vie, de 12 à 18 ans, durant laquelle j’ai travaillé environ 200 chevaux différents. Je m’étais inconsciemment adaptée à chacun d’eux et à leurs différentes personnalités.

Peu de temps après avoir découvert le travail et les activités de Linda Tellington-Jones, je m’intéresse à son approche et voilà que comment je découvre un article de Robyn Hood. Robyn Hood, n’est autre que la soeur cadette de Linda et instructrice, comme elle, de la méthode TTouch®. Son article présente 5 réponses que le cheval peut avoir lorsque quelque chose le stresse. Elle parle des 5 F’s, selon les noms, en anglais, des différentes réactions.

5 mécanismes de gestion du stress chez le cheval

Les deux premiers mécanismes, vous les connaissez peut-être déjà. Ce sont des réactions fréquentes. Il s’agit de la réaction de fuite et de celle d’attaque. Ces deux réactions sont appelées en anglais « flight » et « fight » et sont à l’origine de nombreuses méthodes de travail. Ces deux premiers mécanismes sont des réflexes, ils se déroulent donc le plus souvent sans que le cheval ait le temps de réfléchir et d’analyser la situation.

La fuite ou l’attaque : « Flight » ou « Fight »

Chevaux qui courent

Pensez au cheval dans la nature et à son statut d’animal de proie. On pense donc assez logiquement au réflexe de fuite face à un danger ou face à une situation qui lui fait peur. L’exemple classique est celui du cheval qui embarque son cavalier lorsqu’il a eu peur.

Imaginez-vous à nouveau le cheval en tant qu’animal de proie dans la nature, soit il fuit, soit il attaque le prédateur. Toutefois, le cheval choisira toujours la fuite en premier et si cette dernière est impossible, il attaquera. Cette réaction est bien connue chez le cheval lorsqu’il tire au renard à l’attache. Il a peur, il veut fuir, mais cela ne fonctionne pas, il lutte donc, contre la longe, pour essayer de se détacher.

Chevaux qui se mordent
Photo by Hans Veth on Unsplash

Comment cela se passe au niveau du système nerveux?

Pour comprendre ces deux mécanismes réflexes, regardons ce qu’il se passe, à l’intérieur du corps, au niveau du système nerveux. Le système nerveux sympathique (SNS) est engagé dans les réflexes de fuite ou d’attaque. C’est l’une des 3 voies nerveuses du système nerveux autonome (SNA), c’est à dire le système nerveux qui n’est pas soumis au contrôle volontaire. La plupart des différents organes du corps sont connectés aux fibres du SNA. Ils sont ainsi reliés à des fibres nerveuses du système sympathique, mais également à des fibres du système parasympathique.

système nerveux et son rôle dans les mécanismes du stress chez le cheval
Principaux rôles des branches sympathiques et parasympathiques du système nerveux autonome. Illustration de Amine et al.

Les neurones du SNA libèrent de l’acétylcholine et de la noradrénaline qui serviront de messagers. En cas d’activation du SNS, les glandes surrénales situées au dessus des reins libèrent des hormones telles que l’adrénaline, la noradrénaline et la dopamine. Sous l’activation du SNS, le corps se prépare à réagir, le rythme cardiaque augmente, les voies respiratoires se dilatent pour laisser circuler plus d’air et la force musculaire augmente. Ces mécanismes augmentent les capacités de l’animal pour fuir ou attaquer.

L’immobilisation : « Freeze »

Il existe un 3ème mécanisme réflexe chez le cheval pour lui permettre de faire face au stress. Il est moins connu que les deux précédents.

Le cheval s’immobilise, se bloque, la tête est haute, les naseaux sont dilatés mais plus rien ne bouge, il est comme paralysé. Cette réaction précède souvent la fuite, mais elle peut également se retrouver de manière isolée. Au niveau des transmissions nerveuses, il y a comme un arrêt de transmission de l’influx nerveux. Cette situation se retrouve lorsque le cheval s’immobilise et refuse de bouger un seul pied au moment de monter dans le van. Au cours d’une balade, votre cheval s’arrête subitement et ne bouge plus durant quelques instants, c’est le même mécanisme de gestion du stress.

Cheval surpris
Photo by Jeremy Bezanger on Unsplash

Une des solutions est ici de trouver un moyen d’activer le système nerveux parasympathique pour contrebalancer l’activation du système nerveux sympathique qui crée l’immobilisation chez le cheval. Un des moyens est de stimuler un méridien, le triple réchauffeur. Il suffit pour cela de caresser le dessous de l’encolure et les antérieurs du cheval. Si l’on est a pied, cela est facile. A cheval, cela peut s’effectuer en caressant le cheval avec une longe ou un stick.

Comment faire pour gérer ces comportements réflexe de stress chez le cheval ?

La fuite, l’attaque et l’immobilisation sont des comportements réflexes du cheval, il ne réfléchit donc pas avant d’agir. La solution est d’apprendre au cheval à réfléchir face à une situation stressante, plutôt que de répondre selon ses instincts. Réagir de manière instinctive est ce qui permet au cheval de survivre dans la nature, mais n’a que peu d’utilité lorsqu’il est domestiqué et particulièrement lorsqu’il est avec l’humain. Apprendre et accompagner le cheval à gérer ses instincts est la clé pour avoir une relation sécuritaire avec lui.

Apprendre à gérer les réflexes

Mais comment peut-on apprendre à gérer un réflexe? Les réflexes existent pour protéger les animaux dans des situations qui pourraient être dangereuses pour eux et potentiellement les tuer. Imaginez vous retirer votre main brusquement du four brûlant lorsque vous vouliez saisir un plat. Ce réflexe vous évite une brûlure profonde. Mais si vous repensez à la situation, vous n’aurez peut-être pas eu besoin de ce réflexe si vous n’aviez pas été pressé et que vous aviez pris le temps de réfléchir à la situation avant de saisir le plat dans le four. Vous auriez sûrement pris le temps de bien positionner le gant sur votre main et vous auriez effectuer le geste lentement. Il est possible d’apprendre à gérer un réflexe en créant les conditions pour que le réflexe n’ait pas besoin d’exister. La solution est donc d’amener le cheval à être dans une situation où il peut réfléchir.

Des recherches menées par Anna Wise et Linda Tellington-Jones à l’aide d’électroencéphalographes, ont montré que les ondes cérébrales qui sont actives lorsque le cheval se tient la tête basse sont différentes de celles présentent le reste du temps. Il s’agit d’une présence importante d’ondes bêta qui indiquent, chez l’humain, une utilisation de la pensée analytique propre aux lobes frontaux du cerveau. Les résultats de ces études montrent donc que le cheval utilise une partie différente de son cerveau selon la position de sa tête. Apprendre au cheval à descendre sa tête est donc la clé pour l’aider à apprendre à gérer ses instincts. Apprendre au cheval à agir en analysant une situation plutôt qu’à réagir est une des bases de la méthode TTEAM (Tellington TTouch Equine Awareness Method). C’est l’une des méthodes que j’utilise dans mon approche avec les chevaux.

L’impatience : « Fidget » ou « Fool around »

Pensez au cheval qui prend sa longe dans sa bouche, au cheval qui gratte du pied ou encore au cheval qui se gratte la jambe. Ce sont différentes attitudes par lesquelles le cheval s’exprime face à une situation qu’il a jugé stressante.

Dans ces situations, le plus simple est de réfléchir à l’environnement dans lequel se trouvait le cheval. Un élément le dérangeait peut-être, comme une nouvelle place d’attache à laquelle il n’est pas encore familier. Cela peut également être notre état émotionnel du jour, on a été particulièrement stressé toute la journée et quand on voit notre cheval le soir, on est toujours dans un état de tension. Notre cheval ne comprend pas notre attitude qu’il ne connaît pas et cela crée un stress chez lui qui se manifeste par une incapacité à rester tranquille.

L’évanouissement : « Faint »

Cette réaction est heureusement plus rare que les autres. Elle survient lorsque le cheval est « poussé » trop loin dans une situation qui était stressante pour lui. Ainsi, le cheval qui était immobile devant le van, en réaction « freeze », si la situation stressante se poursuit sans modification, pourrait s’allonger sur le sol.

L’apprentissage et la gestion du stress chez le cheval

En comprenant mieux comment apprend un cheval, il est possible d’éviter de nombreuses situations qui peuvent être stressantes pour lui.

Dans leur ouvrage « One Brain: Dyslexic Learning Correction and Brain Integration With Chart and Flashlight« , Gordon Stokes et Daniel Whiteside présentent que, dans les situations d’apprentissage où il y a une peur, une douleur ou une peur de la douleur, il y a libération d’hormone adrénocorticotrophine (ACTH) par l’hypophyse située dans le cerveau. L’ACTH est ensuite responsable de la libération de cortisol par les glandes surrénales.

Le cortisol agit sur une partie du cerveau, le cortex moteur qui induit l’action du corps et non la réflexion. Le cheval qui apprend en situation stressante effectuera l’action demandée, mais ne réfléchit pas et ne comprend pas ce qu’il réalise. Il ne sera donc pas capable de reproduire l’action demandée dans un autre contexte. Si le cheval n’exécute pas la demande, ce n’est alors pas de la mauvaise volonté de sa part, mais simplement de l’incompréhension. Comprendre cela, permet d’éviter de soumettre le cheval à une situation qui pourrait être stressante et déclencher un des mécanismes vu précédemment.

Une différence neuro-anatomique

Il existe une différence importante au niveau de l’anatomie du cerveau du cheval par rapport au nôtre. Nous avons nos deux hémisphères cérébraux, gauche et droit, reliés par des millions de fibres qui constituent le corps calleux. Notre hémisphère droit contrôle le côté gauche de notre corps et vice-versa. Le corps calleux permet une connexion rapide entre les deux hémisphères et nous permet une généralisation importante des activités que nous effectuons. Ce n’est pas très compliqué pour nous de réussir à tenir un objet avec notre main gauche si nous utilisons en général notre main droite. Je parle de tenir uniquement, car utiliser parfaitement un objet avec nos deux mains, cela nous demanderait un peu d’entraînement.

Le cheval possède très peu de corps calleux, il a donc une capacité très limitée de généralisation entre le côté droit et le côté gauche. Il doit, le plus souvent, réapprendre entièrement une activité qui était acquise d’un côté. Être conscient de cela permet d’éviter des situations stressantes au cheval.

La confiance

Cheval confiance

Nous créons un environnement dans lequel notre cheval se sent à l’aise. En effet, il n’est plus soumis à une fuite constante des prédateurs. Nous nous assurons qu’il soit, non seulement en sécurité, mais que ses besoins essentiels soient remplis. En effet, nous lui apportons ou lui donnons accès à de l’eau et à de la nourriture. Nous pouvons également, sur ces bases, créer une relation avec notre cheval de manière à ce qu’il nous perçoit comme quelqu’un de fiable, sur lequel il peut compter. Ainsi, de nombreuses peurs et craintes qu’il pourrait avoir vont disparaître. Notre cheval saura qu’il peut nous faire confiance et se reposera sur nous lorsqu’il se sent menacé par un élément de son environnement.

Sources

Hamilton, A. J. (2011). Zen Mind, Zen Horse. Story Publishing

Hood, R. The 5 F’s- Flight, Fight, Freeze, Fidget, Faint. (2001). TTEAM Connections, Volume 3

https://papyrus.bib.umontreal.ca/xmlui/bitstream/handle/1866/3346/Yacine_Amine_ya_2009_these.pdf

https://www.ttouch.co.za/teaching-your-horse-to-act-not-react/

https://ttouch.com/images/links/2941-Horse_2006-EEG_study.pdf

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